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Le réacteur pressurisé européen (EPR, de l'anglais European Pressurized Reactor, rebaptisé aussi US-EPR pour Evolutionnary Power Reactor aux États-Unis) est un projet de réacteur nucléaire de troisième génération (classification internationale)1, conçu et développé par EDF et Areva NP2 au cours des années 1990 et 2000. Deux chantiers de construction de réacteur de type EPR sont en cours, en Finlande (Olkiluoto) et en France (Centrale nucléaire de Flamanville), mais rencontrent l'un comme l'autre des difficultés (deux ans de retard en Finlande, une suspension partielle des travaux entre mi mai et mi juin 2008 par l'Autorité de sûreté en France). D'autres projets sont à l'étude, en particulier en Chine et aux États-Unis. Ce réacteur, qui dérive du N4 français de Framatome et du Konvoi allemand de Siemens, a pour objectif d’améliorer la rentabilité économique et la sûreté par rapport à celles des précédents réacteurs à eau pressurisée. Il est destiné aux pays disposant d'un réseau électrique de forte capacité capable de distribuer une puissance électrique de l'ordre de 1 600 mégawatts. Le réacteur EPR est conçu pour utiliser de l’uranium enrichi à 5 % et éventuellement du combustible nucléaire MOX (jusqu'à 100 % selon Areva NP). Selon ses concepteurs, l'EPR est étudié pour fournir 22 % de plus d'électricité qu'un réacteur traditionnel à partir de la même quantité de combustible nucléaire, et pour réduire de 30 % le volume de déchets radioactifs générés3.
modifier Caractéristiques techniquesL'EPR est un réacteur à eau pressurisée (REP). Par rapport aux tranches REP actuellement en service en France, l'EPR est plus complexe ( il dispose de plus de circuits de sûreté) et plus gros (puissance de 1600 MW contre 1450 pour les derniers réacteurs construits en France) . L'EPR est un réacteur à eau sous pression, conçu pour répondre aux normes de sûreté édictées par les autorités de sûreté allemande et française au cours des années 1990. Techniquement, il s'appuie sur les concepts de type N4 (réacteur nucléaire français de 1 450 MW) et Konvoi d'origine allemande.
Les évolutions par rapport à la filière précédente, demandées par les autorités de sûreté nucléaire (française et allemande) qui l'ont certifié, visent à limiter les risques d'accidents et notamment le risque de fusion du cœur du réacteur qui contient l'uranium enrichi, à réduire les doses de radiations susceptibles d'affecter le personnel, et à diminuer les émissions radioactives dans le milieu environnant. Selon ses concepteurs, la probabilité d'accident serait réduite d'un facteur 10, le niveau d'exposition du personnel aux radiations, d'un facteur 2, et le niveau d'activité des rejets, d'un facteur 10, par rapport aux installations les plus récentes en service. Sur le plan de la compétitivité, l'accroissement de puissance et un meilleur taux d'utilisation du combustible, de l'oxyde d'uranium enrichi à 5 % d’235U, ou un oxyde mixte uranium-plutonium (MOX), devraient, selon les promoteurs de l'EPR, conduire à une diminution sensible du coût du kWh nucléaire. La combustion plus complète de l'uranium conduirait aussi à réduire de 15 à 30 % la production de déchets radioactifs à vie longue, « sachant que ces progrès associés à l'augmentation des taux d'irradiation concerneront aussi pour une large partie le parc actuel »5. Sur le plan technique, l’EPR se distingue notamment par son enceinte de confinement composée de deux parois de béton de 1,3 m d'épaisseur et par un nouveau dispositif appelé « récupérateur de corium » destiné à recueillir la partie du cœur fondu qui traverserait la cuve, en situation de fusion du cœur (accident exceptionnellement grave comme celui qui s'est produit à Tchernobyl) ; autrement, dans cette situation, les matériaux du cœur en fusion pourraient traverser le radier (cf. le syndrome chinois) et contaminer l'environnement. Le réacteur EPR possède plusieurs protections actives et passives contre les accidents nucléaires :
modifier Descriptionmodifier Génie civilmodifier Pièces forgéesÉtant donné qu'aucun réacteur n'a été construit récemment par les Français, il n'y a pas eu d'investissements d'Areva NP sur sa chaîne de fabrication de cuve autres que ceux nécessaires à la maintenance des réacteurs en exploitation (remplacement des couvercles de cuve par exemple). Areva NP sous-traite la fabrication de la cuve de l'EPR finlandais à une entreprise japonaise (JSW). Areva NP affirme que cette sous-traitance est due aux délais imposés par la Finlande pour la mise en service de l'EPR et aux délais de réalisation d'investissements productifs dans la chaîne de fabrication. En revanche, Areva NP prévoit de fabriquer la cuve de l'EPR français sur ses chaînes de production. modifier Sûreté de l'EPRmodifier Risque d'explosion de vapeur d'eauUne étude de l'Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) estime en 2003 que le système EPR pourrait occasionner de puissantes explosions de vapeur, à même d'aboutir à la rupture de l'enceinte de confinement6. L’Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) avait identifié un risque possible dans une première analyse en 20007, et, en 2005, le problème a été identifié et résolu selon le Commissariat à l'énergie atomique (CEA)8. Une telle explosion nécessite cependant une fonte du cœur et la percée de la cuve du réacteur, qui est un des accidents les plus graves pour un réacteur à eau pressurisé (Tchernobyl était de type RBMK ; Réacteur de grande puissance à tubes de force). Un tel évènement ne s'est jamais produit sur l'ensemble de la flotte actuelle de REP (durant l'accident de Three Mile Island, il y a bien eu fonte partielle du cœur, mais la cuve a tenu). Areva, constructeur de l'EPR, affirme avoir mené des études probabilistes montrant que la fréquence de cet évènement est limitée à 10 − 6 / an (un accident de ce type tous les millions d'années de fonctionnement d'EPR)9. Cette fréquence est annoncée comme étant 10 fois moins importante par rapport aux réacteurs actuellement en service. modifier Risque terroristeSelon ses concepteurs, l'enceinte de confinement du réacteur EPR a été dimensionnée pour résister aux dégâts provoqués par la chute d'un avion de chasse. Anne Lauvergeon, PDG d'Areva (constructeur de l'EPR), affirma le 10 juillet 2005 que le réacteur EPR est « conçu pour résister à tout, y compris les chutes d’avions »10. Les capacités réelles de résistance de l'enceinte en béton sont en partie classées secret défense. Selon les autorités, il s'agit d'éviter que des terroristes éventuels puissent dimensionner leur attaque en fonction de sa résistance. Selon les opposants, il s'agit au contraire de cacher à la population une vulnérabilité qui contredit les discours officiels. Le Réseau Sortir du nucléaire conteste les affirmations d'Areva et estime que l'EPR ne résisterait pas à une chute d'avion de ligne: il a rendu public en 2003 un document confidentiel défense issu d'EDF relatif à la prise en compte du risque de chute d'avion dans la conception de l'EPR11. John Large, un expert britannique indépendant, mandaté par Greenpeace, affirme en mai 2006 que « l'analyse d'EDF semble être technique et solide, mais quand on regarde en détail, elle ne tient pas », et affirme que la quantité de carburant embarquée dans un avion commercial pourrait provoquer une explosion et que les locaux abritant le combustible pourraient ne pas résister au choc causé par la chute de l'appareil 12,13. Pour EDF, « EPR prend en compte la chute d’un avion commercial et comporte des dispositions pour se prémunir contre les effets et conséquences d’une telle chute » (existence de quatre trains de sauvegarde distincts, d’une coque de protection en béton autour de certains bâtiments, prise en compte pour le dimensionnement des différents effets d’une telle chute d’avion…)14. La classification secret défense des informations techniques fait l'objet d'une polémique15 ; Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », a été placé en garde-à-vue le 16 mai 2006 par la Direction de surveillance du territoire (DST), sur réquisition de la section antiterroriste du Parquet de Paris, pour possession d'un document classé « secret défense » relatif à la sûreté du réacteur EPR vis-à-vis du risque de chute d'avion, ce qui a suscité diverses protestations16. Le lendemain, pour protester contre cette garde à vue, diverses organisations (Réseau « Sortir du nucléaire », Greenpeace, Les Amis de la Terre, etc.) ont publié sur leur site web une copie du document confidentiel défense17. modifier Comparaisonsmodifier Différences de EPR par rapport aux réacteurs REP antérieursL'EPR ayant été conçu au début des années 90, ses promoteurs le présentent comme étant « évolutionnaire » et non point « fortement innovant ». Selon eux, il contient malgré tout un assez grand nombre d'avancées non négligeables qui font progresser la technologie des REP électrogènes à boucles. modifier Différences au plan sûretéUn « récupérateur » de corium en matériau réfractaire peut dans le cas hypothétique d'une fusion de cœur ayant conduit au percement de la cuve maintenir celui-ci dans l'enceinte et le réfrigérer. Les traversées de fond de cuve des PWR Westinghouse et Framatome des générations antérieures qui constituent une faiblesse de celle ci ont été supprimées. Les systèmes d'injection de sécurité ont été renforcés et l'adoption d'une organisation dites « à 4 fois 50% » présente un niveau de fiabilité qui est présenté comme plus important que le système précédent tout en facilitant la maintenance en service Les Autorités de Sûreté allemande et française ont donné leur aval sur ce modèle de réacteur. Ce point est important pour l'accès au marché mondial et la certification a été très longue et difficile dans ce cadre multinational. modifier Différences au plan exploitation/maintenanceA l'image de ce qui existe sur les réacteurs Konvoi, l'aménagement de nombreux locaux a été repensé dans le but d'améliorer les conditions de travail des opérateurs en charge de la maintenance (ergonomie, accessibilité). modifier Différences au plan performancesAvec de nouveaux générateurs de vapeur, la pression secondaire atteint quasiment 80 bars ce qui, d'après les promoteurs de l'EPR, représente la valeur conduisant au maximum de rendement pour un cycle à eau vapeur saturée soit sensiblement 36% contre 34% pour les réacteurs antérieurs. La conception générale a été revue de façon à accroître la disponibilité. On peut notamment citer l'augmentation de la redondance de certains équipements, de façon à pouvoir en assurer la maintenance sans avoir à arrêter l'exploitation du réacteur. modifier Marges de progrès de EPREPR ne représente pas la vision « achevée » du réacteur à eau sous-pression électrogène à boucles. Ceci pour la raison première qu'il s'agit comme il a été dit d'un concept évolutionnaire. Un bon nombre d' avancées sont à la fois possibles et nécessaires, par exemple :[réf. nécessaire]
modifier EPR en construction ou en projetmodifier Finlande
modifier France
Le maître d'ouvrage: EDF - La construction: AREVA modifier ChineAREVA et l'électricien chinois CGNPC ont annoncé, le 26 novembre 200719, la signature d'un contrat portant sur la construction de deux centrales nucléaires EPR sur le site de Taishan dans la province du Guangdong. Associé à un contrat de fourniture de combustible et de services, il s'agit du plus gros contrat de l'histoire du nucléaire civil (8 milliards d'euros). La signature de ce contrat fait suite à plus de trois ans de discussions entre AREVA et ses interlocuteurs chinois. AREVA avait en particulier participé en 2006 à un appel d'offre en Chine pour la construction de 6 réacteurs nucléaires de troisième génération. Au terme de près de trois ans de négociation, Westinghouse a remporté un contrat pour la construction de 4 AP1000, au prix d'un important transfert technologique. modifier États-Unis
Aux États-Unis, l'électricien Constellation Energy et Areva se sont associés au sein du consortium UniStar Nuclear pour promouvoir l'EPR. Le nom du réacteur a été changé en US-EPR (US-Evolutionnary Power Reactor). Le dépôt de la demande de licence aux autorités de sûreté américaines est prévu pour fin 2006 et une première construction semble envisageable pour 2010-201120. modifier Autres
modifier Notes et références
modifier Voir aussimodifier Liens connexes
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