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Pour la notion de rime en phonologie, voir syllabe.
La rime est en poésie un jeu d'homophonie entre des phonèmes de fin de mot répétés en fin de vers (c'est une forme d'homéotéleute). En phonologie, le mot prend un sens plus large : c'est le noyau et l'éventuelle coda d'une syllabe. Ainsi, chaque syllabe de chaque mot possède une rime phonologique, tandis qu'en poésie, on ne parlera que de la rime d'un vers, qui contient en général plusieurs syllabes. La rime d'un vers est donc la rime de la dernière syllabe de ce vers. Note : les transcriptions phonétiques données entre crochets droits suivent les usages de l'alphabet phonétique international. Les transcriptions phonologiques, entre barres obliques, ne s'intéressant qu'aux oppositions fondamentales de la langue, les suivent aussi, mais de manière plus lâche.
modifier Rime en poésie francophoneLa rime poétique constituée par la répétition d'un ou plusieurs phonèmes identiques (parmi lesquels il faut nécessairement au moins une voyelle tonique) à la fin de deux ou plusieurs vers proches. Les phonèmes ne riment que s'ils sont dans le même ordre. Par exemple, les deux vers suivants riment :
En effet, la fin de chacun d'entre eux reprend en écho les phonèmes communs /sœr/ (« douceur » et « sœur »). On dit que ces deux vers « riment en /œr/ » ou qu'on a « une rime /œr/ » : il n'y a donc qu'une seule rime (on ne nomme pas rime chaque fin de vers mais seulement les phonèmes répétés). Stylistiquement, il est important de repérer que la rime introduit des liens supplémentaires (ou des oppositions) entre les mots d'un texte poétique rimant ensemble, ce qui renforce le caractère condensé de l'écriture poétique (dans laquelle, de manière générale, on tend à utiliser le moins de mots possibles pour susciter le plus de sens, par le jeu des images, des connotations, des procédés sonores, etc.). Ainsi, les mots à la rime sont rapprochés par leur signifiant et, par extension, leur signifié doit être confronté : ils deviennent des mots-clefs du poème. Rappelons que si la rime est très fréquente en poésie, elle ne se limite pas à elle (bien que la langue courante l'évite pour son caractère artificiel) et, surtout, n'est pas obligatoire dans ce genre littéraire. La poésie non rimée, à partir du XXe siècle, est devenue très courante. modifier Rimes féminines et masculinesUne rime est dite :
Les deux extraits sont tirés du « Desdichado » (in Les Chimères) de Gérard de Nerval. Ces noms proviennent d'une conception ancienne de la langue, dans laquelle le e caduc (que l'on a prononcé en fin de vers jusqu'au XIXe siècle, et même dans certains théâtres au XXe ; c'est encore souvent le cas dans la chanson) était réputé faible et mou, donc associé, selon les idées de l'époque, à la féminité, ce que renforce le fait qu'un e caduc de fin de vers n'est pas compté dans le nombre de syllabes du mètre. Rimes masculines et féminines ne peuvent rimer ensemble, du moins jusqu'au XIXe siècle. Ainsi, on a longtemps considéré, soit pour des raisons sonores (tant que le e caduc a été prononcé en fin de vers), soit pour des raisons graphiques, que mer et amère ne pouvaient pas rimer plus que aimé et désirée. Actuellement, cette séparation entre rimes masculines et féminines est rarement respectée. Cette partie de l'article provient de la page http://coursdefrancais5.canalblog.com/archives/2007/12/09/index.html modifier Alternance des rimesDans la poésie classique (XVIIe), on faisait alterner rimes masculines et féminines : une rime féminine ne pouvait pas être suivie d'une nouvelle rime féminine et inversement. La coutume a commencé à se répandre à partir du XVIe siècle, sous l'influence des poètes de la Pléiade. En effet, le e caduc étant alors prononcé en fin de vers (jusqu'au XIXe siècle, surtout dans la chanson), l'alternance était audible. Dans cet exemple, le e caduc des rimes féminines est souligné :
À partir du moment où il a cessé de l'être en cette position, l'alternance, devenue artificielle, a cessé d'être prescriptive à partir du XIXe siècle. De là, on lui a préféré, mais de manière plus souple, une alternance entre rimes vocaliques (dont le dernier phonème est une voyelle prononcée) et consonantiques (consonne finale prononcée). Ainsi (dans cet exemple, la voyelle des rimes vocaliques est soulignée) :
L'alternance se fait entre la rime vocalique en /ø/ (peu, Dieu) et consonantique en /otr/ (autre, apôtre, qu'on ne considère pas comme devant se lire /otrə/). modifier Qualité des rimesLa qualité des rimes est déterminée par le nombre de phonèmes répétés dans le même ordre en partant de la fin du vers (e caduc final exclu car seule la dernière voyelle tonique compte). Une rime est dite :
Des consonnes finales seules ne permettent pas la rime :
Si seule la dernière voyelle tonique du vers est répétée indépendamment des consonnes qui suivent (le cas échéant), on a là une assonance (très fréquente en poésie médiévale) :
Des vers rimant intégralement sont holorimes. modifier Disposition des rimesPuisque le procédé d'homophonie que constitue la rime n'existe que par la répétition, cela implique qu'il faut au moins deux constituants (phonème ou groupe de phonèmes) homophones minimums. L'endroit où sont disposés ces constituant dans le poème et dans le vers peut être décrit avec précision. Note : par convention, on peut représenter une même rime par une même lettre dans un poème. Ainsi, les fins de vers [...] porte et [...] forte, constituent la rime A, [...] douce et [...] pouce B, etc. modifier Rimes de fin de versAu sens propre, la rime est d'abord un écho sonore en fin de vers. Leur enchaînement dans ce cadre porte un nom particulier ; ainsi, par leur disposition les unes par rapport aux autres, les rimes de fin de vers sont dites : modifier Rimes platesLes rimes sont plates (ou suivies ou jumelles) quand elles s'enchaînent directement → AA(A...)BB(B...), etc.
modifier Rimes croiséesLes rimes sont croisées (ou alternées) en cas d'alternance deux par deux → ABAB :
modifier Rimes redoubléesLa rime est redoublée lorsque plusieurs rimes se répètent → AAA
modifier Rimes embrasséesElle est embrassée quand elle est encadrée par une autre → ABBA :
modifier Échos sonoresSi la rime ne se manifeste qu'en fin de vers, de nombreux jeux de reprises homophoniques existent qui répètent la rime finale ailleurs au sein du vers ou bien même se servent d'une autre position fixe du vers (comme l'hémistiche) pour placer une rime supplémentaire. Parmi les nombreux procédés que nous lègue la littérature française, on peut retenir les rimes complexes suivantes : modifier rime annexéeReprise au commencement du vers suivant.
modifier rime bateléeLa rime finale se retrouve à l'hémistiche. Attention : cette rime n'est pas tolérée pour l'alexandrin, elle casse l'harmonie du poème.
modifier rime briséeOu vers brisés ou vers rapportés : le vers est divisé en deux, les deux hémistiches ne riment pas forcément entre eux mais avec les hémistiches des vers suivants ; les différentes parties pouvant présenter un sens différent de celui de l'ensemble :
modifier rime emperièreOu impératrice : elle reprend l'idée de la rime couronnée, mais la syllabe servant de rimes apparaît trois fois au lieu de deux.
Cet exemple est emprunté à Sébillet (voir bibliographie). L'orthographe est respectée. Noter l'utilisation du s long), ainsi que l'absence de j et v, remplacés par i et u. Pour des raisons didactiques, Sébillet barre les e caducs élidés. On a ici représenté ce procédé par une mise entre parenthèses, pour des raisons techniques. modifier Autres jeux rimiques[En préparation]
modifier Rimes orphelinesIl existe au moins quatre mots qui ne riment avec aucun autre mot de la langue française : "belge", "pauvre", "quatorze" et "triomphe". Il est a noter que cela n'exclut pas la possibilité d'obtenir une rime brisée avec ces mots, comme l'illustre "quatorze" associé à "alors", "dehors", etc... suivi d'un autre mot commençant par une voyelle pour faire la liaison. modifier Rime dans d'autres poésiesmodifier La rime en poésie arabemodifier DéfinitionLes arabes ont donné de nombreuses définitions de la rime. Certains la définissent comme le dernier mot du vers, d'autres vont jusqu'à affirmer que c'est tout le vers qui est rime. On dit aussi qu'elle est la séquence de consonnes et de voyelles qui se répètent mais la définition la plus utilisée est celle d'Al Khalil : Définition : La rime est la séquence de consonnes et de voyelles terminales comptées à partir de la voyelle de l'avant-dernière syllabe longue. Ainsi dans qalbun la rime est albun et dans qaalat, la rime est aalat. Remarque : Nous utilisons une notation simplifiée où les voyelles longues sont transcrites par simple redoublement d'une brève. La séquence ainsi définie, est souvent répétitive, mais il arrive que seule une partie de celle-ci soit reproduite dans tout le poème. modifier La consonne de baseLa rime est bâtie autour d'une consonne de base appelée rawy. C'est elle qui contribue souvent à donner un nom au poème. Lamyat al arab, dalyat Nabighat, mimyat Zouheir... sont des poèmes dont le rawy est la consonne lam (l), dal (d) ou mym (m).
modifier Les phonèmes de la rimeLes consonnes et voyelles de la rime ont été cataloguées en fonction de la nature de celle-ci. Nous avons vu le rawy et sa prolongation. Nous allons en étudier d'autres.
modifier Les classes de rimesNous avons vu que les rimes peuvent être ouvertes ou fermées. Elles peuvent être munies de ridf, de taesys ou en être dénuées. Ces caractéristiques se combinent deux à deux, de sorte qu'on a les classes suivantes :
modifier Lexique et rimeLa rime constitue un choix dans le lexique. Sans ce choix, elle n'existe pas. Deux exemples illustrent ceci :
On voit donc que la rime est loin d'être la simple conjonction de phonèmes identiques ou semblables. modifier Références
modifier Liens externesConsulter aussi sur le Wiktionnaire le tableau synthétique des rimes en français. Dictionnaire des rimes
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